Le projet de l’informaticien Julian Assange n’en finit pas de défrayer la chronique et suscite les passions dans le monde politico-médiatique. Il faut dire que Wikileaks nourrit le fantasme. Entre les grands cérémoniaux entourant la sortie de documents jusque-là classés top-secret et l’agitation plus ou moins polie qu’elle induit dans plusieurs ministères, Wikileaks n’en finit plus de se faire des ennemis dans les institutions. L’opinion, elle, goguenarde, regarde d’un air amusé le Pentagone se faire subrepticement dérober des documents classés confidentiels.
Le sulfureux Julian Assange, actuellement sous le coup d’un mandat d’arrêt délivré par les autorités suédoises, a encore donné un coup de semonce en dévoilant le 22 octobre dernier plus de 400 000 notes et rapports d’incidents classés confidentiels par l’US Army. En France, c’est au site Owni qu’a été révélé la primeure de ces informations. Comment de tels rapports, qui n’étaient tout de même pas classés « Secret-défense », ont-ils pu atterrir dans les mains de Wikileaks ? Simplement en ayant été proposés au site. En effet, dans sa présentation, Wikileaks affirme ne pas être en demande active de documents… mais garantir l’anonymat à tous ceux qui auront l’extrême bienveillance de leur fournir des documents.
Sur leur site on apprend que des journalistes vérifient l’information et la véracité des documents envoyés par des sources anonymes. Le problème, c’est que bien que comptant des journalistes dans ses équipes, Wikileaks se révèle incapable de diffuser seul l’information et s’appuie sur des médias reconnus pour la diffuser comme The Guardian au Royaume-Uni, Der Spiegel en Allemagne ou le New-York Times aux Etats-Unis. En fait, on s’aperçoit assez vite que les membres de Wikileaks sont dans l’incapacité de traiter un nombre important de documents complexes, contenant de nombreux acronymes.
Wikileaks, grossiste de l’information
Journalistes ou hackers, les membres de Wikileaks ? Loin de moi l’idée de se retrancher dans des débats d’arrière-garde sur qui sont les Vrais (journalistes). Il n’empêche que l’arrivée de ce nouveau média pose bien des questions. Wikileaks est-il une source, un média… ou quelque chose entre les deux ? Ce n’est pas à proprement parler une source, puisqu’elle n’est pas à l’origine des rapports ou n’y a pas accès directement. Wikileaks n’est pas non plus un témoin direct présent en Irak ou en Afghanistan.
Ce n’est pas non plus un média a proprement dit. Bien qu’il dévoile des rapports cachés au grand public, Wikileaks ne les traite pas. Il n’en fait pas de synthèse, ne hiérarchise pas l’information et ne fournit pas les clés de compréhension de ces rapports. Et si finalement, Wikileaks n’était qu’un fournisseur de données. Les journaux auquel il s’adosse seraient alors ses détaillants.
Le véritable ADN de Wikileaks, c’est avant tout d’aller chercher les informations sur les réseaux.
D’ailleurs, le site n’a-t-il pas appelé sa section consacrée à la guerre « Warlogs » ? Wikileaks ne cherche en fait que des données, mais n’a pas intrinsèquement vocation à les rendre intelligible du grand public. Elle confie cette tâche à ses partenaires, soigneusement sélectionnés avant chaque « grande révélation ». En France, c’est Owni qui a eu l’exclusivité. Le journal en ligne, en mode laboratoire, a décidé de confier le traitement de ces données à… ses lecteurs via une application de crowdsourcing. Les autres médias, eux, ce sont contentés d’un travail plus traditionnel d’analyse des documents et de contextualisation, sans avoir directement accès aux sources qui ont fourni volontairement (ou involontairement !) ces rapports.
Reste que pour continuer à vivre et œuvrer en secret, Wikileaks peine à équilibrer ses comptes. Le « grossiste de l’information » a lancé un appel au don sur son site, tandis qu’à Rungis, d’autres grossistes continuent de faire leur beurre !
Crédit photo : Adventure cooking with GI.JOE 6 de harrycobra, Flick’r
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